Rasoirs Thinet
Conseils

Les différents types de chasses

La chasse est le manche du coupe-choux. Il existe une multitude de chasses différentes, bien que celles-ci aient toutes la même utilité, et globalement la même forme.

La chasse est le manche du coupe-choux. Il existe une multitude de chasses différentes, bien que celles-ci aient toutes la même utilité, et globalement la même forme de base. Mais alors quel est l’intérêt de telle ou telle chasse ? Voyons en détails de quoi il en retourne !

Une introduction aux chasses de coupe-choux

La chasse est avant tout une protection de la lame du coupe-choux. Elle protège l’utilisateur du tranchant, et elle protège le tranchant des heurts. La chasse est généralement d’une taille proportionnelle à la taille de la lame, pour un souci d’esthétisme mais également de balance. La chasse est généralement recourbée, cintrée en banane. Elle se compose de deux faces (on peut dire chasse avant et chasse arrière) symétriques, qui d’un côté tiennent la lame par un axe traversant appelé pivot, et se rejoignent de l’autre côté, à l’entre-deux.

L’entre-deux (qu’on appelle aussi espaceur) est souvent en plastique et d’une teinte différente des chasses. Il permet de créer un espace suffisant entre les chasses pour que la lame s’y insère, mais pas trop non plus afin que le dos reste coincé contre le bord haut quand le rasoir est fermé. Un entre-deux bien fait doit être découpé en biais et biseauté. Sa forme biseautée permet de maintenir les deux moitiés de la chasse suffisamment écartées. Sa découpe en biais (côté intérieur) permet de laisser passer le nez en haut, mais de maintenir le nez en bas.

La chasse se trouve dans différents matériaux, plus ou moins décoratifs. Les fixations sont parfois décorées de rosettes, les extrémités sont parfois recouvertes de viroles métalliques, on trouve même des inserts (souvent des logos) sur la face avant de la chasse. Ces décorations n’interfèrent pas dans l’utilisation de la chasse d’un coupe-choux.

On peut considérer la chasse comme un manche, et en même temps, pas vraiment car, quand on utilise le coupe-choux pour se raser, la chasse est relevée pour ne pas gêner la prise en main. Durant cette utilisation (qui est la primordiale), la chasse n’est pas un manche mais une protection retirée. Quand par contre on affile son rasoir sur le cuir, ou qu’on l’affûte sur une pierre, la chasse est ouverte et positionnée bien droite dans la continuité de la lame, et constitue ainsi un vrai manche pour assurer une bonne prise en main durant ces opérations.

Les formes de chasses

La forme d’une chasse est une question avant tout esthétique, mais certains éléments peuvent aider à sa structure, ou la rendre plus pratique. D’abord, une chasse est généralement incurvée pour aller du pivot au nez du coupe-choux tout en recouvrant son tranchant, et sans être trop large (ce qui serait inesthétique et augmenterait le poids).

Dans les formes de chasses répandues, on peut trouver :

  • forme arrondie : les extrémités sont arrondies, c’est la plus courante et généralement la moins chère. Elle allie toutes les critères de finesse, de praticité, et d’esthétisme.
  • forme Thiers Issard : les extrémités sont en pointes, c’est une forme typique de la production Thiernoise, qui a été reprise par Thiers-Issard qui l’utilise aujourd’hui en exclusivité, pour ainsi dire.
  • Bouts carrés : plutôt trouvé sur les modèles allemands (on pense aux rasoirs “Flowing” ou “Carré” de Dovo, notamment)
Coupe-choux Thiers-Issard avec chasses thiernoises en corne de bélier.

Ces trois formes constituent l’essentiel du marché actuel, il n’y a pas une forme plus pratique qu’une autre, tout est juste question de design et donc de goût.

Dans les formes anciennes, ou insolites, on peut trouver :

  • forme arabesque / en” S” : une forme très rare, très fine et élégante, les plus anciennes suivent en  général le tranchant et remontent à la soie, on en trouve en ivoire sur d’anciennes lames anglaises. La marque Japonaise Saito proposait quelques modèles entièrement incurvés, lame y compris, les fameux rasoirs “SK”. Dovo plus récemment en propose une version bois qu’ils ont nommée “La Forme” (en français dans le texte).
  • forme cercueil : les extrémités sont biseautés, rappelant la forme d’un cercueil. Cette forme se trouve généralement sur des rasoirs en corne des années 1850 environ.
  • forme symétrique : dans quelques cas exceptionnels, comme  pour les rasoirs papillon par exemple, la chasse est bien droite et symétrique dans sa longueur (puisque une lame sort de chaque côté).
  • autres formes insolites : on voit parfois des chasses plus fines vers la soie pour rentrer dans un étui de la même matière (typiquement allemand), des rasoirs américains reprennent une forme de fusil ou de botte à talon, on a pu voir des canons, des signes de Batman… Bon ok ça c’était sur une shavette, ou sur un coupe-choux custom. En général, plus on part dans l’insolite et plus on a affaire à des pièces uniques, du “fait-maison” plus ou moins farfelu.

Ces nombreuses formes de chasses n’ont finalement pas de réelle différence d’utilité, toutes sont faites pour protéger la lame et c’est tout.

Les accessoires et fioritures intégrés aux chasses

La forme d’une chasse est donc avant tout une question de design. Il arrive par contre de voir apparaître quelques petits éléments qui, intégrés aux chasses, vont venir révéler leur utilité : 

  • Entretoise : c’est l’élément le plus courant de cette liste, il s’agit d’un simple axe en métal, recouvert généralement d’un tube en plastique, qui se place entre les deux moitiés de la chasse, au tiers environ pour venir se positionner sous la soie. Cette entretoise renforce la solidité de la chasse, plutôt que de réellement maintenir la lame dans celle-ci. Cette entretoise se voit généralement en Allemagne, notamment sur les anciens rasoirs Puma.
  • gouttière (faute de meilleur terme) : plutôt rare, mais il peut arriver que le dessous de la chasse (l’ouverture à l’opposé de là où rentre la lame) soit fermée par une languette qui fait presque toute la longueur, comme une gouttière. Cette bande n’est pas conçue pour retenir l’eau à l’intérieur, mais plutôt pour mieux protéger la lame une fois que celle-ci est repliée dans la chasse. Ainsi le tranchant est bien gardé, et l’eau ne peut pas rentrer par en-dessous. J’ai pu voir cet élément sur un rasoir William Ragg de la moitié du 19ème siècle (voir photos ci-dessous).
  • peigne intégré : le rasoir Leresche “James” disposait d’une chasse en métal, dans laquelle est creusée un peigne. Je n’ai pas trouvé de notice d’origine, mais étant donné sa position et son épaisseur, je pense qu’il servait plutôt pour la coiffure que pour le rasage.
  • levier de blocage : certaines chasses sont équipées d’un dispositif de blocage de la lame. C’est une petite languette située au niveau de l’entre-deux, qui vient se glisser dans une encoche idoine sur le nez du rasoir (comme un barber’s notch, finalement).
  • pince moulée dans la chasse pour bloquer le dos : certaines chasses en plastique moulées finissaient par un ergot sur chaque moitié, qui à deux viennent pincer le dos du rasoir quand la lame est refermée (voir photos ci-après). Cette invention a deux paternités : l’une est une invention thiernoise brevetée SGDG, l’autre est anglaise, vue sur un Sheffield (brevet de 1905). Alors, hasard ou copie ?
  • pivot amovible, pour nettoyer la lame ou la chasse séparément : certains fabricants modernes, comme Focus, proposent des chasses qui se défont facilement de la lame (un système de clip), ce qui permet de mieux nettoyer et désinfecter la lame et la chasse séparément.

Vous en connaissez d’autres qui ne seraient pas cités plus haut ? Merci de nous contacter pour que nous les ajoutions !

Les matériaux utilisés pour les chasses

Les matériaux utilisés pour les chasses sont assez variés, mais tous partagent en général quelques points communs. Ils doivent être légers, faciles à travailler et bien résister à l’eau. Petit tour d’horizon des matériaux utilisés pour les chasses :

Planche de commercial pour présenter les différentes possibilités.

Le bois

Aujourd’hui, le bois est un des matériaux les plus utilisés pour la fabrication des chasses de rasoir. Mais il faut savoir que ce n’est pas le plus traditionnel ! En effet, on aurait commencé à l’utiliser seulement pendant la seconde guerre mondiale, quand les matériaux habituels étaient compliqués à obtenir. Les fabricants se sont alors débrouillés avec ce qu’ils avaient autour d’eux. Depuis c’est peut-être le développement du marché des couteaux d’art qui a poussé les fabricants de rasoirs à proposer de plus en plus d’essences de bois.

Dans l’usine Thiers-Issard, armoire destinée aux stocks de chasses, bien classées par matériau.

La corne

La corne est certainement le matériau le plus traditionnel. La grande majorité des rasoirs “de tous les jours” que l’on retrouve en brocante et datant d’avant guerre sont en corne. Celle-ci pouvait être simplement taillée droit, mais pouvait également être pressé dans des moules gravés au préalable, pour donner des formes en relief sur la surface de la corne. On pouvait y voir des personnages, des plantes, des animaux… Ces chasses en corne pressée sont aujourd’hui très recherchées.

Rasoir ancien avec chasses en corne pressée, fin XVIII / début XIXème siècle.

Les plastiques

Ils sont nombreux, et généralement économiques. Quoique certaines productions récentes commencent à chiffrer ! Une chasse en plastique moulé (ou injecté) simple est généralement la base, sélectionnée pour les rasoirs d’entrée de gamme des fabricants modernes de coupe-choux. Le plastique a le mérite d’être absolument résistant à l’eau, très facile à entretenir et très maniable grâce à sa légèreté. Il manque toutefois de charme, c’est pourquoi par le passé les fabricants n’ont pas hésité à tester toutes sortes de formes et de couleurs pour égayer les rasoirs. On a ainsi pu voir de nombreuses imitations de matières nobles (ivoire bien sûr, écaille, corne, nacre…) mais aussi des formes insolites moulées : nymphes et naïades, animaux, personnages, décors antiques…

La seconde guerre a vu la qualité des plastiques baisser et on a dû recourir à des solutions inhabituelles : utiliser de la galalithe (plastique de lait) qui n’aime pas l’eau et se délite avec le temps, du celluloïd mal traité qui en vieillissant pourrit et libère un gaz qui fait oxyder les lames (généralement des imitations d’écaille de tortue)… De nos jours, certaines résines permettent d’obtenir des décors très travaillés, ou d’insérer des photos, des accessoires, etc… On pense notamment aux créations d’un fabricant espagnol, partenaire de Thiers-Issard.

Rasoir Thiers-Issard avec chasses en résine contenant des rouages et pièces de mécanisme.

Ivoire

L’ivoire a fait couler beaucoup d’encre, car sa source est rarement éthique. Longtemps prisé des fabricants de luxe, on le retrouve sur les rasoirs haut de gamme anglais, majoritairement, mais aussi un peu en France et en Suède. L’ivoire est un matériau qui se travaille très bien, il permet en effet une finesse de sculpture remarquable tout en restant solide et résistant à l’eau. Une fois poli, l’ivoire est brillant et révèle sa finesse de couleur. C’est l’un des rares matériaux utilisés pour les chasses de coupe-choux que l’on peut sculpter, avec la nacre. On peut donc trouver de magnifiques rasoirs dont les chasses sont sculptées, généralement de feuilles d’acanthe ou autres végétaux ou belles lignes.

L’ivoire est extrêmement surveillé et réglementé, c’est pourquoi les fabrications récentes se sont tournées vers d’autres ivoire, comme celui du mammouth.

Semainier “Napoléon” : lames Thiers-Issard et chasses en ivoire sculptées par Philippe Voissière.

Os

L’os (provenant généralement de bovins) est utilisé quelques fois, on retrouve également de l’os de chameau dans les productions custom plus récentes. Les chasses en os se trouvent généralement sur des lames allemandes, mais je n’en connais pas la raison. Le grain de l’os est plus grossier que celui de l’ivoire, les chasses sont plus épaisses, mais le rendu est souvent agréable tout de même.

Rasoir anglais avec chasses en os, clous en argent.

Ecaille de tortue

L’écaille de tortue est une matière naturelle qui a aussi été utilisée pour les chasses de rasoirs nobles. Comme l’ivoire, l’écaille de tortue ne peut plus être utilisée aujourd’hui (sauf peut-être de vieux stocks certifiés).  C’est un matériau qui se travaille comme la corne : il faut l’aplatir en la chauffant. Une fois polie, elle révèle de magnifiques volutes translucides. Et comme pour la corne, les insectes aiment bien la grignoter avec le temps !

Rasoir anglais “Edwards” avec chasses en écaille et rivets en or.

Nacre et autre coquillages

Certains coquillages donnent de la nacre et d’autres matériaux similaires (comme l’abalone, notamment), qui sont absolument ravissants en chasses de coupe-choux. La nacre blanche a été utilisée principalement au XIXème siècle, pour les lames de qualité. La nacre est très fragile, ainsi elle est toujours segmentée en plusieurs parties, regroupées sur une lamelle métallique très fine (c’est pour ça que les chasses en nacre ont souvent des clous ou inserts métalliques).

Chasse en nacre en trois parties.

Böker à récemment sorti des rasoirs dont les chasses en coquillages sont à couper le souffle. L’abalone donne une couleur verte et le paua donne un bleu très profond. Ces nouveaux rasoirs sont déclinés en quelques versions, allant du 5/8ème au 7/8ème selon les modèles. Le Böker “Blue Shell” en 7/ème peut se trouver chez Rasage Classique par exemple.

Chasses en abalone (à gauche) et en paua.

-> Lire notre article sur l’histoire de Böker

Métal

Le métal est peu utilisé, pour plusieurs raisons : son poids est souvent trop lourd, c’est un matériau trop cher ou trop dur à travailler, et le risque d’oxydation est toujours là. On trouve aujourd’hui quelques productions en titane ou alu, mais c’est très rare. Par le passé on a pu voir des chasses de coupe-choux en acier inox (pour les rasoirs chirurgicaux, plus faciles à désinfecter), en étain (avec moulage), argent, laiton… Mais ça a toujours été marginal.

Rasoir Joseph Rodgers avec chasses en métal.

Matériaux composites

Quelques productions récentes utilisent des matériaux composites, on retrouve notamment :

  • micarta : un mélange stratifié à base de papier ou de coton mélangé à haute pression avec de la résine phénolique. On peut finir sa surface avec divers motifs.
  • stamina : du bois naturel est infusé de résine colorée pour lui donner des teintes qui n’existent pas dans la nature.
  • elforyn : l’ivoire synthétique ! C’est une sorte de polyuréthane, spécialement conçue pour ressembler visuellement et structurellement à de l’ivoire. Ce matériau se travaille de la même façon, sans les inconvénients de l’ivoire naturel.

Pour conclure

Nous avons fait ensemble un grand tour des chasses de coupe-choux, leurs formes, leurs utilités, leurs matières… Si vous voyez des choses à rajouter n’hésitez pas à m’en faire part !

Étiquettes

Vous aimerez également

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.